C'était un beau soir d'août 98. Un été étiré sans fin par l'or mondial de nos grands Bleus. Peut-être Blanc, Pires et Dugarry avaient-ils transmis un peu de cette magie à l'OM de Rolland Courbis pour que les Phocéens tordent le coup au destin et retournent le mauvais sort d'un coup de baguette. Souvenez-vous : l'état de grâce montpelliérain, le réalisme intégral. Chaque contre qui fait mouche : Bakayoko deux fois, Robert, Sauzée, et 4-0 à la mi-temps. Et puis, l'effondrement de la dernière demi-heure : magistral, inexorable, presque inexplicable. Jusqu'à ce penalty de Laurent Blanc (90e) qui cloua Montpellier sur sa croix.
Aujourd'hui adjoint de René Girard, Pascal Baills gardait le couloir droit. « Tout était irréel dans ce match, se souvient-il. Notre début tonitruant et leur final. En deuxième mi-temps, on prend deux buts coup sur coup, le stade se réveille, ils reprennent le dessus et nous, on recule, on recule... » « On a fini le match dans les buts », confirme Philippe Delaye, seul rescapé montpelliérain encore en activité au club et qui était entré en jeu à 4-3. « Jean-Louis Gasset m'avait demandé de garder le ballon mais je n'en ai pas vu la couleur », sourit le milieu de terrain. « On a explosé physiquement et on a vraiment senti venir ce qui allait nous arriver. Avec Pires, Ravanelli, Blanc, Dugarry, il y avait du monde en face. »
Quand même, qu'a bien pu dire Rolland Courbis à ses joueurs dans le vestiaire pour les transfigurer de la sorte ? « Evidemment, je ne croyais plus au miracle depuis longtemps » sourit le "Coach", « comme il s'agissait uniquement du 3e match de la saison, j'ai simplement demandé aux joueurs de remporter cette deuxième mi-temps, histoire de ne pas trop douter par la suite. Après un quart d'heure de jeu en deuxième période, rien n'avait bougé. A cet instant, j'aurais joué un immeuble que nous perdions ce match. »
Deux buts de Maurice et Dugarry plus tard, Courbis croisa le regard de Michel Mézy, installé aux côtés de Jean-Louis Gasset sur le banc montpelliérain. « C'est moi qui perdais et pourtant, c'est moi qui souriais. J'ai senti une légère inquiétude chez lui », rigole t-il. La suite, on la connaît... Marseille égalise et Laurent Blanc inscrit le penalty de la victoire. « Autant à 4-4, j'ai crains que nous en prenions un cinquième, ce qui au vu de l'aspect exceptionnel du match, n'aurait pas été surprenant, autant lorsque "Lolo" Blanc a tiré le penalty, il me semblait que les buts mesuraient quinze mètres de large et dix de haut. » Et le Coach de conclure : « Ce qui s'est passé ce jour-là reste irréel. Le soir même, je jurais mes grands dieux que l'OM serait champion de France. J'aurais dû la fermer. Nous avons terminé deuxièmes à un point de Bordeaux... » Delaye comme Baills, eux, n'arrivent pas à se persuader qu'ils ont été acteurs, malgré tout, d'un match de légende. « Au moins, cela m'a servi pour la suite de ma carrière. Après ça, tu arrives mieux à faire abstraction des paramètres extérieurs » souligne le premier.
Baills, lucide, termine par cette terrible fatalité : « S'il y avait eu encore dix minutes à jouer, on en prenait trois de plus. »